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Probiotiques et vitamine D auraient un bénéfice contre la schizophrénie

Chez les personnes atteintes de schizophrénie, la prise de probiotiques associés à de la vitamine D pourrait améliorer les symptômes neurocognitifs, tout en améliorant plusieurs critères métaboliques, selon une étude publiée dans les Neuropsychopharmacology Reports.

Les traitements actuels de la schizophrénie, dont les antidopaminergiques, n’ont qu’un effet limité contre cette lourde maladie psychiatrique, le plus souvent restreint au contrôle des symptômes. D’où l’intérêt de trouver de nouvelles cibles thérapeutiques : parmi celles actuellement à l’étude, le rééquilibrage du microbiote intestinal, dont plusieurs études ont révélé qu’il était altéré chez les personnes souffrant de maladies mentales, telles que la dépression et la schizophrénie. Ce qui conforte un peu plus l’hypothèse selon laquelle l’axe intestin-cerveau joue un rôle crucial dans ces maladies.

Rééquilibrage du microbiote par transplantation

Rééquilibrage du microbiote par transplantation

Plusieurs travaux ont ainsi évoqué la possibilité de rééquilibrer le microbiote intestinal par transplantation de microbiote fécal, afin d’améliorer les symptômes de la dépression majeure et de la schizophrénie (1). Quant aux probiotiques, ils permettraient en outre d’atténuer l’inflammation intestinale, elle-même surélevée chez ces patients. Autre piste, la supplémentation en vitamine D, dont les carences sont fréquentes dans la schizophrénie, et qui joue aussi un rôle anti-inflammatoire.

Étude clinique sur les probiotiques et la vitamine D

Dans son étude menée sur 69 patients schizophrènes, l’équipe de Tahereh Dejam, psychiatre à l’université du bien-être social et des sciences de la réadaptation de Téhéran (Iran), a évalué l’efficacité d’un complément à base de probiotiques/vitamine D, comparé à un placebo (2). Pris à raison d’un comprimé par jour, ce traitement consistait en Lactobacillis acidophilusL. rhamnosusL. reuteriL. paracaseiBifidobacterium longum et Bacillus coagulans (2 X 109 CFU), ainsi que 400 unités de vitamine D.

Amélioration des fonctions neurocognitives

Mesurant l’ampleur des symptômes psychopathologiques, le score PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale) ne présentait pas d’amélioration significative après 12 semaines sous probiotiques/vitamine D. La baisse était certes de 2,82 points dans le groupe d’intervention, mais sans différence tangible avec le placebo. Publiée en 2019, une méta-analyse avait de même échoué à mettre en évidence un effet des probiotiques sur les symptômes propres à la schizophrénie (3).

Toutefois, les patients du groupe verum présentaient une amélioration sensible de leur fonction neurocognitive, mesurée par le score MoCA (Montreal Cognitive Assessment) sur une échelle de 0 à 30. En 12 semaines, cet indice est passé d’une valeur de 15,23 à 22,58. Comparée au placebo, l’amélioration était toutefois modeste, mais statistiquement significative, avec un écart de 1,96 point entre les deux bras à 12 semaines.

Rôle des probiotiques et de la vitamine D

Rôle des probiotiques et de la vitamine D

Selon les chercheurs, les probiotiques favoriseraient, en agissant via l’axe intestin-cerveau, l’expression de divers neurotransmetteurs, dont la sérotonine. De plus, « plusieurs travaux ont suggéré l’effet synergique d’une co-administration de probiotiques et de vitamine D, avec des bénéfices sur la santé mentale », indiquent-ils. Les probiotiques pourraient en effet accroître les niveaux de vitamine D et l’expression de ses récepteurs, celle-ci jouant à son tour un rôle bénéfique sur le cerveau.

Bénéfices métaboliques et tolérance au traitement

Les résultats suggèrent par ailleurs un bénéfice des probiotiques et de la vitamine D sur divers critères métaboliques, avec notamment des baisses du cholestérol total, de la glycémie à jeun et du taux de protéine C-réactive (CRP). Ce résultat s’avère particulièrement intéressant pour les patients schizophrènes, exposés à un risque métabolique (hyperglycémie, hyperlipidémie, prise de poids) du fait des traitements antipsychotiques. Par ailleurs, aucun des patients sous probiotiques/vitamine D n’a enduré d’effet gastrointestinal (diarrhée, constipation) durant les 12 semaines de l’essai, contre 29% de ceux sous placebo.

 

Sources

  1. Microbiota-orientated treatments for major depression and schizophrenia, Fond et al., Nutrients. 2020 Apr 8;12(4):1024. doi: 10.3390/nu12041024
  2. Co-administration of probiotic and vitamin D significantly improves cognitive function in schizophrenic patients: a double-blinded randomized controlled trial, Mohammadi et al., Neuropsychopharmacol Rep. 2024 Apr 10. doi: 10.1002/npr2.12431
  3. A systematic review of the effect of probiotic supplementation on schizophrenia symptoms, Ng et al., Neuropsychobiology. 2019;78(1):1-6. doi: 10.1159/000498862

Un article à retrouver sur : https://www.mediquality.net/be-fr/topic/article/25728958/probiotiques-et-vitamine-d-auraient-un-benefice-contre-la-schizophrenie

Auteur : Romain Loury